SUR LA ROUTE DE LA MAISON BLANCHE

  • Home
  • Archives
  • RSS

Les Américains donnent une deuxième chance à Obama

Yes we can! L’Amérique a voulu y croire une deuxième fois. Ce pays qui sait donner une deuxième chance à ses entrepreneurs et à tous ceux qui ont connu des revers, a voulu offrir cette même opportunité à son président. Aujourd’hui, brillamment réélu, il peut, il doit faire la preuve qu’il a mérité ce cadeau que lui ont font les Américains. Il a quatre années de plus pour réaliser ce qu’il a promis en 2008. Il a déçu au cours de son premier mandat, mais il n’a pas failli.  En votant pour lui, l’Amérique a mis les meilleures chances de son côté pour dépasser la crise et ranimer la flamme d’un pays plongé dans le doute.

Dans un discours d’acceptation hautement émotionnel, poignant, flattant l’”américanitude” et vantant  « la plus grande nation de la planète », le président démocrate a voulu dépasser ce matin les divisions partisanes et recoller les morceaux d’un pays malmené par une campagne extrêmement agressive.  Une majorité d’Américains a fait confiance au président et n’a pas crû dans les promesses à géométrie variable de Mitt Romney. Ce dernier,  à force de frayer avec les extrémistes du Tea Party au cours des primaires, a défait son image de gouverneur de droite modéré et plutôt progressiste.

C’est un président libéré qui va donc reprendre les rennes de l’Etat pour un nouveau mandat dès 2013. Mais les Républicains qui depuis deux ans ont systématiquement sapé toute initiative présidentielle pour ternir le bilan d’Obama, sont-ils prêts au cours des quatre prochaines à travailler avec le président ? Telle est la question clé. Ils n’ont plus à craindre une réélection d’Obama dans quatre ans et devraient donc être mieux disposés à lui faire quelques concessions. Et le rapport de force au Congrès n’a pas fondamentalement changé. Le sénat demeure en mains démocrates.  Mais, la puissante défiance des ultra-conservateurs à l’égard du président ne va pas faiblir.  Rarement ou jamais président américain n’a déclenché des réflexes aussi haineux dans son opposition.

Face à la Chine, face aux disparités croissantes à l’intérieur qui s’accompagne d’une polarisation de la société américaine, la tâche sera rude. Reste que les Etats-Unis ont une formidable capacité de rebondir. Que le peuple américain garde, en dépit des crises, un extraordinaire optimisme et une rare énergie. Pour cette Amérique battante, ouverte sur le monde,  qui croit fondamentalement dans le génie de l’initiative privée mais se prévaut aussi d’une conscience sociale, Obama fut le bon choix. 

Pierre Ruetschi

  • il y a 6 mois
  • voir le billet
Share

Adresse courte

TwitterFacebookPinterestGoogle+

Maison Blanche : la famille Obama a de curieux voisins

« Est-ce que le président Obama est chez lui aujourd’hui ». C’est typiquement le genre de question que l’agent des services secrets qui fait le planton devant la Maison Blanche n’aime pas. Il finit par répondre, laconique : « il devrait être là ». Derrière ses lunettes miroir, le regard reste fixé droit devant lui, vers l’ennemi potentiel qui peut sortir de derrières les parpaings. Son joli insigne brille au soleil. On peut vous prendre en photo ? « Non merci », répond-il, en mode politiquement correct. A la deuxième tentative, le ton est plus sec. Comme l’est celui de sa collègue de la police lorsqu’elle remarque qu’elle va servir de premier plan pour une prise de vue « anglée » de la maison Obama :

  • Stop qu’est-ce que vous faites ?
  • Je prends une photo
  • Je n’aime pas avoir quelqu’un dans mon dos, tout prêt de moi. Arrêtez ca !

La maison est bien gardée. Ce n’est pas aujourd’hui que nous rencontrerons le président, ni même ne pénétrerons dans la Maison Blanche. La visite, gratuite, est si prisée qu’elle ne se fait que sur rendez-vous. Un à six mois de démarche avec tampon obligatoire de l’ambassade pour les étrangers. Nous resterons devant les grilles peu importe.

La Maison Blanche marque la fin d’un voyage de Houston, tout au sud, sur le Golfe du Mexique jusqu’à la capitale, Washington située sur la côte Est, en passant par Hunstville, Lafayette, la Nouvelle-Orléans, Montgomery, Birmingham, Nashville, Indianapolis, Chicago, Cleveland et Pittsburgh. Un trajet de 4000 kilomètres parcouru sans encombre à bord d’une Chevrolet rescapée de la crise automobile. Des lignes droites sans fin, onze états traversés à 110 kilomètre/heure et surtout des dizaines de rencontres avec des Américains. Le tout au rythme pressé d’une Amérique stressée par la campagne présidentielle.

Dans une semaine, le six novembre prochain les Américains décideront si le républicain Mitt Romney délogera les Obama du 1600 Pennsylvania Avenue, l’adresse de la prestigieuse demeure dessinée par l’architecte français Pierre L’enfant. Emily en sort à l’instant. Elle habite la région de Washington depuis 30 ans mais ne l’avait jamais visitée. Cette fois, elle a fait toutes les démarches pour être autorisées à entrer entre les blanches colonnes. Elle a encore des étoiles plein les yeux. Sa description ressemble à celle d’un arc-en-ciel : chambre bleue, verte rouge, rose Garden et toiles sublimes. Elle a adoré. « Les Obama ont très bon goût ». Mais cela n’a pas suffi à la décider. Elle ne sait toujours pas pour qui elle votera. Les indécis, comme elle, de six « swing states » feront la différence dans cette course où tous les sondages donnent les deux rivaux à égalité. Ils labourent sans répit les territoires de ces Etats décisifs.

Ce qui explique aussi les doutes de l’agent secret sur la présence d’Obama aujourd’hui dans la capitale. Mais la vraie question est surtout de savoir si le démocrate sera encore là demain. Ann n’en doute pas une seconde : « Obama est fantastique, fabuleux, génial », s’enthousiasme-t-elle comme si elle participait à un show télévisé. La grand-maman noire est venue avec fille et petite-fille en costume d’Halloween pour faire LA photo.

L’atmosphère est singulièrement différente selon que l’on aborde la Maison Blanche côté cour ou côté jardin. Vue de l’Elipse, la demeure est plus éloignée mais elle est conforme aux clichés avec le Rose Garden au premier plan et vue sur la loggia présidentielle rappelant ces photos de John Kennedy jouant avec son fils John-John. Au loin dans une pelouse finement peignée, on distingue le jardin potager planté par Michelle, la First Lady, avec un groupe d’élève pour inciter les Américains à manger sainement.

Tout est symbole dans la capitale monumentale des Etats-Unis. La Maison Blanche est celui du pouvoir, extrême, immense, d’un seul homme. Mais Bernard, un Bordelais en vadrouille, ne se laisse pas impressionner. « Nous les Français, on est peut-être un peu différent, plus critique, face au pouvoir. Et on voit bien ce qu’il en fait le président américain. Tout ce qu’il entreprend dans le monde, ça rate ». En dépit de la pression exercée par ses petits enfants qui l’entourent, il ne souhaite pas réitérer ses propos face caméra. Bruno, lui, est québécois. Venu courir le marathon de Washington, il n’hésite pas à dire tout le bien qu’il pense du président. « Je l’emprunterais bien pour la présidence du Canada ».

Si symbole et respect dominent côté jardin, côté cour, soit de l’entrée de la Maison Blanche, l’humeur est protestataire. Un barbu invoque Allah en se prosternant, priant sur son tapis. Cinq mètres plus loin, une anti-nucléaire et pro-palestinienne forcenée, protégée par une tente, expose des photos gore de supposées victimes de la bombe atomique. « Elle est ici depuis 1980, explique notre agent des services secrets. » Et vous laissez faire ? « Nous sommes en Amérique, c’est ça la liberté d’expression. C’est inscrit dans la constitution ». A Allah, répond le Dieu de cet autre militant dont on ne saisit pas clairement le message. Il promène de long en large sa pancarte « Votez pour Dieu ». Et pourquoi pas pour Romney ou Obama ? « Parce qu’ils ne représentent pas Dieu », explique l’homme sandwich à vélo. Il porte, tatoués sur son front, l’alpha et l’oméga, le sigle des croyants, précise-t-il. Un peu plus loin, c’est un autre enfant de Dieu qui tourne en rond en hurlant des slogans et brandissant son affiche : « Le paradis et l’enfer sont réels. Jésus est le seul chemin vers le paradis. « Lui, il vient tous les jours, lâche l’agent des services secrets. Mais il y a aussi des nouveaux tous les jours ». Trois jeunes Londoniens, légèrement éméchés, allument joyeusement, le fidèle hurlant : « Eh, regardez, on est homosexuels », provoquent-ils, en se passant le bras autour du cou. Le chrétien s’en moque, il n’habite pas sur la même planète, le fidèle d’Allah poursuit ses incantations, l’anti-israélienne apostrophe un touriste qui cache ses photos, l’homme à l’alpha et oméga frappé sur le front poursuit ses théories divines et l’agent des services secrets surveille, parfaitement immobile.

Le président des Etats-Unis a de curieux voisins. Eux seront toujours là demain, comme les touristes, quel que soit le nouveau locataire de la Maison Blanche.

Maison-Blanche/Pierre Ruetschi et Gérald Herrmann

    • vie
  • il y a 6 mois
  • voir le billet
Share

Adresse courte

TwitterFacebookPinterestGoogle+
Hermie et Pete arrivent à destination à la Maison Blanche

Hermie et Pete arrivent à destination à la Maison Blanche

    • StickyStrips
    • strips
  • il y a 6 mois
  • voir le billet
Share

Adresse courte

TwitterFacebookPinterestGoogle+

Le Rose Garden de la Maison Blanche. Michelle Obama y a créé son jardin potager pour promouvoir la saine alimentation par l'exemple (pr)

La photo "officielle" côté jardin. Pelouse finement peignée et tireurs d'élite sur le toit (pr)

Côté rue ou cour. Les démarches pour visiter la Maison Blanche peuvent être longues. Compter entre un et six mois d'attente (pr)

Ann, la grand-maman est venue avec sa fille et sa petit fille déjà déguisée pour Halloween (pr)

Une femme s'est installée ici sous tente face à la Maison Blanche. lle habite là depuis 30 ans (pr)il y a 30 ans.

"Le paradis et l'enfer sont tellement vrais. Seul Jésus montre le chemin vers le paradis (pr)

Votez pour dieu explique cet homme au front marqué d'un alpha et d'un omega pour affirmer sa croyance (pr)

"Nous sommes homosexuels", provoquent trois Londoniens en réplique aux fous de dieu (pr).

Il y a aussi les fous d'Allah qui lancent leurs appels. (pr)

Les alentours de la Maison Blanche sont truffés d'agens des services secrets (pr)

PreviousNext

Visite de la Maison Blanche. Ambiance respectueuse, souvent admirative côté jardin. Et protestataire, côté cour. Les fous d’Allah et fous de dieu chrétiens rivalisent de prosélytisme

    • StickyGalerie
    • galerie
  • il y a 6 mois
  • voir le billet
Share

Adresse courte

TwitterFacebookPinterestGoogle+
'\x3ciframe width=\x22500\x22 height=\x22374\x22 src=\x22http://www.youtube.com/embed/EHgMGToO6mw?wmode=transparent\x26autohide=1\x26egm=0\x26hd=1\x26iv_load_policy=3\x26modestbranding=1\x26rel=0\x26showinfo=0\x26showsearch=0\x22 frameborder=\x220\x22 allowfullscreen\x3e\x3c/iframe\x3e'

A travers Washington. Constitution Avenue jusqu’au Congrès et retour le long du Mall sur Independance Avenue jusqu’à l’Obélisque

    • film
  • il y a 6 mois
  • voir le billet
Share

Adresse courte

TwitterFacebookPinterestGoogle+
'\x3ciframe width=\x22500\x22 height=\x22281\x22 src=\x22http://www.youtube.com/embed/BNeTjamrqf8?wmode=transparent\x26autohide=1\x26egm=0\x26hd=1\x26iv_load_policy=3\x26modestbranding=1\x26rel=0\x26showinfo=0\x26showsearch=0\x22 frameborder=\x220\x22 allowfullscreen\x3e\x3c/iframe\x3e'

Un Québécois, un Français et deux Américaines à la Maison Blanche. Interviews

    • paroles
  • il y a 6 mois
  • voir le billet
Share

Adresse courte

TwitterFacebookPinterestGoogle+
Soirée étudiante ou ambassadeurs? Retour à Georgetown un vendredi soir

Soirée étudiante ou ambassadeurs? Retour à Georgetown un vendredi soir

  • il y a 6 mois
  • voir le billet
Share

Adresse courte

TwitterFacebookPinterestGoogle+
Georgetown M Street. Arrivée dans la capitale. La Maison Blanche est à portée de roues

Georgetown M Street. Arrivée dans la capitale. La Maison Blanche est à portée de roues

  • il y a 6 mois
  • voir le billet
Share

Adresse courte

TwitterFacebookPinterestGoogle+
'\x3ciframe width=\x22500\x22 height=\x22281\x22 src=\x22http://www.youtube.com/embed/wKswVyxaM6s?wmode=transparent\x26autohide=1\x26egm=0\x26hd=1\x26iv_load_policy=3\x26modestbranding=1\x26rel=0\x26showinfo=0\x26showsearch=0\x22 frameborder=\x220\x22 allowfullscreen\x3e\x3c/iframe\x3e'

Bernard Harcourt, avocat  et professeur réputé de l’Université de Chicago, s’attaque aux injustices et aux idées reçues. Il fustige le modèle de la tolérance zéro. Il avait aussi pris la défense d’un meurtrier du Ku Klux Klan pour briser le système de la peine de mort 

    • paroles
  • il y a 6 mois
  • voir le billet
Share

Adresse courte

TwitterFacebookPinterestGoogle+
'\x3ciframe width=\x22500\x22 height=\x22375\x22 src=\x22http://www.youtube.com/embed/GRVfQpEtDvs?wmode=transparent\x26autohide=1\x26egm=0\x26hd=1\x26iv_load_policy=3\x26modestbranding=1\x26rel=0\x26showinfo=0\x26showsearch=0\x22 frameborder=\x220\x22 allowfullscreen\x3e\x3c/iframe\x3e'

Ben, 22 ans, explique comment il vit avec 1200 dollars par mois dont 200 de subsides l’état sous forme de coupons repas. “J’ai l’habitude d’être pauvre”, lâche le jeune homme de Cleveland qui travaille dans la prévention du sida. Interview en français

    • paroles
  • il y a 6 mois
  • voir le billet
Share

Adresse courte

TwitterFacebookPinterestGoogle+

Le Ku Klux Klan, la peine de mort et la tolérance zéro

Voir ci-dessus l’interview vidéo de Bernard Harcourt en français

Il y avait bien ces innombrables histoires qui couraient sur des avocats d’office saouls et incompétents qui participaient à des simagrées de procès conclus par des condamnations à mort.  Mais Bernard Harcourt, 49 ans, éminent professeur de droit et actuel doyen de la faculté de sciences politiques de l’Université de Chicago,  est de ceux qui cultivent le doute. « Au départ, je n’était pas un abolitionniste. Mais quand j’ai vu de mes propres yeux comment se déroulaient les procès en appel des condamnés à mort, j’ai été stupéfait. Il n’y a pas un seul cas où le droit n’a pas été violé de façon flagrante sur un point ou un autre .»

 

Bernard Harcourt, issu des prestigieuses universités de Princeton et de Harvard dont il est docteur, avait une voie académique toute tracée devant lui. Il a préféré prendre la tangente pour faire ses classes sur le terrain cette fois, celui des couloirs de la mort. Nous sommes en 1990. Bernard Harcourt, dont la mère est originaire de Thonon et qui gardé des liens avec Genève, quitte New York, la ville de sa jeunesse pour s’installer à Montgomery, la morne capitale de l’Alabama dans le Sud des Etats-Unis. « Au cours de mes recherches universitaires sur un cas de condamné à mort, j’avais acquis la conviction qu’un homme promis à la chaise électrique était innocent. Je devais faire quelque chose. Je suis donc parti en Alabama pour tenter de prouver son innocence»,  explique-t-il dans un français presque parfait.  Là, ses pires doutes sont rapidement confirmés. « L’avocat commis d’office avait travaillé huit heures sur le cas de son client. Dérisoire.  J’étais abasourdi ».

Grâce à sa pugnacité, le dossier est rouvert et le condamné à mort innocenté. Bernard Harcourt n’en restera pas là. « Parjures, témoignages mensongers contre paiement. C’est une pratique tout à fait courante. Les parties paient pour un témoignage « vérité », sans compter que les indices exculpatoires ne sont souvent pas transmis à la défense ».

 

Il décrit un système corrompu où la discrimination raciale tient une large place. « Nous étions quatre avocats en Alabama à prendre les cas dont personne ne voulait. Des Noirs exclusivement. » Du moins jusqu’à l’affaire du meurtre sauvage et gratuit d’un jeune afro-américain par des membres du Ku Klux Klan. Michael Donald, dix-neuf ans, fut frappé à mort, puis eut la gorge tranchée avant que ses tortionnaires ne le pendent dans un arbre en face de chez lui. L’affaire avait provoqué l’effroi dans toute l’Amérique. Le jury, entièrement blanc,  condamna les meurtriers du KKK à payer un dédommagement de sept millions de dollars qui mit l’organisation raciste de la région d’Alabama en faillite. Mais le juge décida d’annuler le jugement et condamna l’un des coupables, Henry Hays, à la peine de mort. « En fait, le juge n’a pas le droit de casser la sentence du jury. Mais la pratique était établie mais se heurtait aux des défenseurs des droits civils. « En annulant la décision clémente du jury pour le membre du KKK (peine pécuniaire et prison), le juge a voulu démontrer que cette pratique n’avait rien de discriminatoire puisqu’il l’appliquait à un blanc. Cela permettait aux juges de continuer à imposer leur prévalence dans tous les cas qui suivraient. « C’est pour m’opposer à cette pratique illégale que je me suis joint à la défense de Henry Hays membre du KKK ». Sans succès, en dépit d’irrégularités évidentes dans le processus. Henry Hays sera le seul blanc depuis 1913 et unique membre du KKK du XXe siècle à avoir été exécuté (1994) pour le meurtre d’un Noir, après treize ans passés dans les couloirs de la mort.  Comme le craignait Bernard Harcourt,  plusieurs de ses clients afro-américains en subiront les conséquences. Ils seront condamnés par un juge à l’omnipotence ainsi légitimée. 

Bernard Harcourt revient ensuite à ses études et à l’enseignement. « Mais je continue de traiter une affaire de peine mort ». L’avenir de la peine capitale ? Le spécialiste de droit pénal est plutôt optimiste. On constate que de plus en plus d’états finissent par y renoncer. Je pense que vers 2050, elle n’existera plus aux Etats-Unis ». Mort lente et discrète d’une pratique qui laisse les Américains indifférents et n’est donc pas prise en compte dans la course à la présidence.

Auteur de plusieurs ouvrages sur la criminalité, Bernard Harcourt ne craint pas d’aller à contre-courant de théories consensuelles. Dans « L’illusion de l’ordre. Incivilités et violences urbaines. Tolérance zéro ? », il démonte la fameuse thèse des « Broken windows » (ou tolérance zéro) appliquée par l’ancien maire de New York Rudi Giuliani dès le milieu des années 90. « Personne n’a jamais pu démontrer le prétendu lien qui existe entre les petits crimes et désordres et la grande criminalité. Cette thèse ne tient pas la route ». Il affirme, statistiques à l’appui, que la tolérance zéro n’a eu aucun impact réel sur l’évolution de la criminalité à New York. Entre 1991 et 1998, les taux d’homicides et de vols ont respectivement baissé à New York de 70% et de 60%. Remarquable. Sauf que ces taux ont baissé dans des proportions identiques dans les autres métropoles américaines que sont Houston, San Diego, Boston ou Los Angeles.

 « Comment expliquer qu’à L.A. les taux respectifs ont diminué de 60 et de 61% alors que la police était à cette époque complètement dysfonctionnelle, corrompue et déstabilisée par l’affaire Rodney King (lynchage d’un noir par la police).  « La théorie des « broken windows » n’est qu’un formidable coup médiatique orchestré par Rudy Giuliani », affirme Bernard Harcourt.

Reste à expliquer ce recul généralisé et spectaculaire de la criminalité aux Etats-Unis qui est retombée aujourd’hui au niveau des années 50 après des taux records (deux fois plus qu’aujourd’hui) au tout début des années 80? L’expert avance deux raisons principales : la diminution importante de consommation de crack et cocaïne d’un côté, l’incarcération massive de l’autre, qui est aussi la conséquence d’un accroissement important des forces de police.  Depuis 1973, la proportion des Américains derrière les barreaux a ainsi été multipliée par dix.  Dix  Américains sur 1000 (soit un pour cent) se trouvent aujourd’hui en prison ou dans un asile psychiatrique. En Suisse, cette proportion s’élève à moins de 1 pour mille, soit légèrement moins que la moyenne européenne.  

Faut-il en conclure que la police américaine a trouvé la solution à ses problèmes ? « En aucun cas, réagit Bernard Harcourt. Le taux d’incarcération est exponentiel. Il est impensable qu’une politique sociale puisse suivre un taux de croissance d’une telle ampleur. Ce type de progression foudroyante est celui de bactéries ou d’épidémies, mais ne peut être le fruit d’une politique. Le prix à payer pour la liberté est devenu trop fort dans ce pays ».

Chicago/Pierre Ruetschi

  • Voir l’interview vidéo en français ci-dessous

    • vie
  • il y a 6 mois
  • voir le billet
Share

Adresse courte

TwitterFacebookPinterestGoogle+
'\x3ciframe width=\x22500\x22 height=\x22374\x22 src=\x22http://www.youtube.com/embed/BKtg3pQFi9Y?wmode=transparent\x26autohide=1\x26egm=0\x26hd=1\x26iv_load_policy=3\x26modestbranding=1\x26rel=0\x26showinfo=0\x26showsearch=0\x22 frameborder=\x220\x22 allowfullscreen\x3e\x3c/iframe\x3e'

Doreen, 49 ans, a décoré sa maison de la banlieue de Cleveland aux couleurs de Mitt Romney. Hôtesse de l’air, elle explique dans une interview ce qui l’attire chez le candidat républicain et tout ce qu’elle n’a pas aimé sous le règne d’Obama.

  • il y a 6 mois
  • voir le billet
Share

Adresse courte

TwitterFacebookPinterestGoogle+

Au cœur de la bataille de l’Ohio avec Doreen

Voir interview vidéo ci-dessous

Doreen ne craint pas les symboles. Dans le patio de sa charmante maison, déjà généreusement   décorée pour Halloween, elle a suspendu une pancarte Romney-Ryan autour du cou d’un épouvantail. L’ambiguïté ne dure pas. Quatre autres pancartes au nom du ticket républicain égayent la pelouse côté rue. Doreen Drummond met le paquet pour la petite campagne qu’elle mène dans son quartier des faubourgs de Cleveland. D’autant plus remarquable, voire courageux, que le voisinage est très largement démocrate ici.

Dans l’immense majorité des états américains, son initiative prêterait à sourire et resterait sans réaction.  Mais nous sommes en Ohio, l’un des swing states de cette élection (ces état qui peuvent faire basculer l’élection).  Les deux candidats Barack Obama et Mitt Romney sont au coude à coude. De surcroît, le résultat de cette région est hautement significatif : depuis 1972, aucun candidat à la présidence n’est entré à la Maison-Blanche sans avoir gagné l’Ohio.  Du coup, Romney et Obama sillonnent villes et campagnes avec un acharnement qui n’a rien avoir avec la beauté mystique des grands lacs. Leurs grands stratèges inondent les télévisions locales de publicités jusqu’à épuisement du budget et des téléspectateurs.

A Cleveland, comme à Columbus ou Cincinatti, la bataille présidentielle occupe le terrain et les discussions de bistrot. « Trop tard, croit savoir Jennifer, 29 ans. Les opinions sont faites de toute façon ». Certes. Mais les comités de campagne n’ont pas pour but de faire changer l’avis de la population mais d’encourager les leurs à aller voter, qu’il vente ou qu’il pleuve. Car la victoire se jouera sur la capacité de mobilisation de chaque camp.  

La voix de Doreen Drummond, 47 ans, et de sa maman qui habite sous le même toit est 100% garantie à Romney. Autrefois démocrate, cette hôtesse de l’air a viré sur l’aile pour se ranger définitivement chez les républicains. Elle prêche pour « Mitt » avec la foi des convertis et beaucoup d’authenticité. Elle a bien réfléchi. Elle a réponse à tout. L’égalité des sexes ?  « Obama est paternaliste et menteur. Quand je fais le service en première classe de mon avion, je ne vois pas une seule femme. Romney, lui, nous parle sincèrement ». L’assurance maladie obligatoire ? « Ce n’est pas au gouvernement de décider. Cela relève de notre liberté ». L’économie ? « Commençons par protéger nos emplois. BP est parti de Cleveland pour des raisons fiscales supprimant quantité d’emplois. En augmentant les impôts, on crée du chômage ».  La criminalité ? « Il ne se passe rien. Alors qu’on nous laisse au moins les armes que nos pères fondateurs nous ont accordées ». L’immigration ? « Là encore je suis d’accord avec Romney. Il faut laisser la porte ouverte à l’immigration légale, peut-être même en alléger les conditions. Mais serrons la vis pour les clandestins. Ils sont dangereux ».

Un langage clair qui ne plaît pas toujours dans le quartier. Pendant la séance photo, à laquelle l’ancien mannequin se prête avec un bonheur non dissimulé, un gamin afro-américain shoote bruyamment  une des pancartes Romney-Ryan  avant de filer au pas de course.  Sans quitter ni la pose ni le sourire, Doreen lâche: «  C’est aussi ça, la liberté. Cela ne me dérange pas pour autant qu’il ne casse rien ».

Cleveland/Pierre Ruetschi

    • vie
  • il y a 6 mois
  • voir le billet
Share

Adresse courte

TwitterFacebookPinterestGoogle+
Le strip d’Herrmann

Le strip d’Herrmann

    • strips
  • il y a 6 mois
  • voir le billet
Share

Adresse courte

TwitterFacebookPinterestGoogle+

Ben vit avec 1200 dollars par mois. «J’ai l’habitude d’être pauvre»

 

Benjamin Muskal fait partie de la génération spontanée. Il entend parler le français, alors il vient s’installer à la table pour pratiquer un peu la langue de Molière. La conversation est hachée mais pas question de passer à l’anglais. Ben, comme beaucoup d’Américains, avance en terrain découvert et se livre avec une belle sincérité après quelques minutes d’amitié. Il travaille à mi-temps dans un groupe pour la prévention du Sida. Il anime des discussions avec des groupes homosexuels  à risques et leur propose de faire des tests VIH. Un travail rémunéré environ mille dollars par mois qui lui permet de vivre. « Je peux subsister avec très peu de moyens, soit 600 dollars par mois environ dont 400 de loyers. J’ai l’habitude d’être pauvre », lance-t-il.  

Ce qui ne l’empêche pas de recourir aux coupons repas que lui donne l’Etat « Ca me fait encore deux cent dollars de plus ». Il a une assurance maladie ou plutôt c’est celle de son père qui fonctionne pour lui. «C’est nouveau. Cela existe depuis deux ans environ quand Obama a passé sa loi ». Et si Romney passe ? « J’ai peur de perdre mes coupons et mon assurance. Il est contre tout cela ».

Cleveland/Pierre Ruetschi

    • vie
  • il y a 6 mois
  • voir le billet
Share

Adresse courte

TwitterFacebookPinterestGoogle+
← Plus récent • Plus ancien →
Page 1 sur 9

À propos

Paroles d'Américains

Toutes les vidéos

La galerie d'images

Toutes les galeries

Tranches de vie

Tous les textes

Les dessins d'Herrmann

Tous les dessins

Le film de notre route

Tous les films

Photos à chaud

loading photos…

Back to Top
  • RSS
  • Au hasard
  • Archives
  • Mobile

Effector Theme by Pixel Union Hébergé par Tumblr